Les phares de Tokyo

juillet 16, 2009 par emmaborne

 

copyright luis fernandes

copyright luis fernandes

Se perdre volontairement dans le dédale des rues, sans maps, sans indications.
La ville se charge d’orienter.
Il suffit de lever les yeux au ciel. Au pied de chaque tour se profilant à l’horizon se tient une gare.
Tokyo feint le désordre, joue des tours… et les offre quand on veut bien s’y prêter, phares urbains plus fiables que n’importe quel guide.

Kawaii

juillet 7, 2009 par emmaborne

 

copyright luis fernandes

copyright luis fernandes

Coquines mascottes meublent la ville.
A l’instar de cette boutique-cube itinérante aperçue dans les couloirs du métro, déplacée au gré de l’affluence, ou tels les distributeurs de boissons et de cigarettes, véritables ornements urbains.
La réification est à l’honneur et l’objet semble n’exister qu’en vertu de son pouvoir de démultiplication. 
Kawaii ! S’exclament si souvent les japonais.
Mignon ! L’objet est mignon, précieux; le tien, le mien aussi, qui sont en fait les mêmes.
On compare l’identique, on achète la série et, toujours, on s’attendri :
Kawaii !

Initiateur urbain

juillet 6, 2009 par emmaborne

 

initiateur_urbain

copyright luis fernandes

Partout se déploient centres commerciaux et espaces de loisirs. En tous cas autour des gares, ces ‘entertain-hubs’. On s’y rend le week-end en famille, après le travail entre collègues. 
Shopping : véritable savoir-faire… avant tout savoir-voir. Le tokyoïte achète comme d’autres se rendent à des expositions : c’est d’abord le regard qui consomme. 
Initiateurs urbains, initiateurs humains,
il y a vie là où il y a malls.

Momentanément indisponible

juillet 2, 2009 par emmaborne

 

copyright luis fernandes

copyright luis fernandes

En tout lieu, la ville, toujours.
Qui se construit sur elle-même, superpositions infinies, et s’étend au-delà de ses frontières, inlassablement …
Et puis, l’inattendu : en s’aventurant pour voir ce qui est soustrait au regard, on tombe sur le vide. 
Elle cache ses non-lieux mais, avec persévérance, il est possible de surprendre la ville à l’arrêt, contempler Tokyo qui se repose d’elle-même.

Gaijin

juillet 2, 2009 par emmaborne

 

copyright luis fernandes

copyright luis fernandes

Ils se fondent dans leur ville,
en connaissent les rouages et les tours de passe-passe.
Désorienté, le nouveau venu n’en est que plus repérable. Seul l’enfant ose parfois le pointer du doigt, tirant la jupe de sa mère et proférant ce qui deviendra un leitmotiv :
“gaijin, gaijin …”
L’étranger est résolument gaijin, caricature de la différence, proie facile du dédale tokyoïte.

Ville lumièreS

juillet 2, 2009 par emmaborne

 

copyright luis fernandes
copyright luis fernandes
Face à Paris ville lumière, Tokyo ville lumières.
Quand la capitale française scintille crânement de ses feux blancs, son homologue japonaise allume feux blancs, rouges, jaunes, verts et bleus. 
Elle étale sa palette et comble ainsi le vide, peuple ainsi ses rues pour faire oublier qu’elles savent être désertes.
Elle se passe de volumes pour créer la densité, sait user de l’immatériel pour rester toujours pleine.

Les parapluies de Tokyo

juin 7, 2009 par emmaborne
Picture 004

copyright luis fernandes

Tokyo a ceci de particulier qu’elle rend l’ordinaire extraordinaire.
Certes, cet extraordinaire réside dans la découverte d’une ville où les réflexes urbains habituels sont bousculés. L’insolite est sans doute le fruit du dépaysement. Peu importe, le voyage doit savoir se passer d’analyses : à Tokyo, les objets du quotidien sont sans cesse réinventés.
Ainsi va le parapluie.
En Europe, cet appendice déployé sous les nuages se teinte des motifs et des couleurs qui plaisent à son propriétaire. Il est marqueur identitaire ou support publicitaire, chic ou toc, rouge kenzo ou bleu délavé, en tout cas propriété privée. A Tokyo, au contraire, le parapluie se décline rarement au singulier.
Dans cette ville qui fait pâlir d’envie les thuriféraires de la sécurité urbaine, où il est possible de laisser traîner son sac à main dans un café sans craindre d’en être dépossédé, il n’y a de vols que de parapluies.
Rentrez dans une boutique, déposez votre parapluie à l’entrée – comme l’indispensable vélo, jamais cadenassé et pourtant indélocalisable – cherchez-le à la sortie… en vain.
Cette disparition n’a pas l’air qu’elle se donne : elle n’a rien d’un méfait. Un bien collectif circule dans la ville, expropriation officieuse qu’aucun guide ne dévoile au nouveau venu.
Rarement singularisé, blanc opaque et de prix dérisoire, le parapluie tokyoïte est disponible en libre-service dès que se manifestent les premières gouttes de pluie : à la sortie des centres commerciaux, du métro, de tout espace public.
Dans cette ville où l’objet est si souvent sacralisé (le fameux ô sac Louis Vuitton !), ce parapluie laiteux est l’un des rares objets ne portant pas de sceau, se transmettant de main en main, à l’instar des mythes urbains qui circulent de bouche à oreille.
À Tokyo, quand il pleut, on ne vole pas mais on cueille des parapluies.
Quand il pleut à Tokyo, ce parapluie démultiplié offre au nouveau venu ce que les tokyoïtes ne voient peut-être plus : un spectacle pauvre en couleurs mais néanmoins étonnant. Quand il pleut à Tokyo, la ville se rétrécit. Les parapluies déployés démultiplient une foule déjà dense. Nappe blanche recouvrant les rues, le paysage du parapluie raconte le Japon peut-être mieux encore que le Mont Fuji.
L’extraordinaire tokyoïte se manifeste là où il n’est pas attendu, jusque dans l’objet le plus commun, le plus universel. Se recueillir dans un temple ou cueillir et re-cueillir des parapluies, l’extraordinaire se love dans le moindre recoin de la mégalopole.

Dense solitude

juin 7, 2009 par emmaborne
dense_solitude

copyright luis fernandes

Shibuya. Paroxysme du son et de l’image.
Les enseignes multicolores se superposent sans fin, sur les écrans géants défilent tant d’images, les crieurs clament leurs réclames, les cafés hurlent leurs musiques branchées, les boutiques leurs sons moins branchés, des sonneries indiquent le feu vert aux aveugles …
De cette cacophonie, rien n’émerge la première fois. 
La première fois,Tokyo est sa propre caricature : on se meut dans un manga … 
Traverser le carrefour de Shibuya : le feu passe au vert, la foule devient flot. Le piéton est happé, et pourtant …
Il n’y a qu’ici que se manifeste cette contradiction : personne ne se bouscule, les corps s’effleurent à peine. 
Densité et solitude sont jumelles. 

Le lit des fleuves

juin 7, 2009 par emmaborne
lit_fleuve

copyright luis fernandes

Pour se protéger, elle anesthésie. Plus que tout, c’est le raz-de-marée qu’elle craint. 
Pour contrer l’angoisse, elle bétonne.
Il n’est de plus triste vue que ces fleuves bétonnés en leurs flancs ; ternes veines parcourant la ville mais qui l’immunisent. 
Un mal pour un bien. Tokyo souffre pour tenir debout.

Tour est faible

juin 7, 2009 par emmaborne
tour_faible

copyright luis fernandes

Tokyo se prendrait-elle pour Disney ? A force d’imiter, elle… déçoit ?
Après la Statue de la liberté, surgit la tour Eiffel. Pâle copie ou plagiat réussit ? En tous cas bel oxymore : un restaurant Mc Donald s’étale entre ses pieds.
Faut-il se départir de ses préjugés pour enfin comprendre ? Elle pastiche sûrement mais jamais à l’identique. Elle digère et ressert, à sa sauce, ce qu’on pensait connaître par coeur.
Elle invente et ruse, déploie ses hétérotopies.